Le partage d’essentiel

Le partage d’essentiel

En 15 ans d’aide auprès des plus démunis, nous nous sommes souvent retrouvés dans des situations où nous n’avions plus de solution depuis notre intelligence d’humains.

Heureusement, mon cheminement intérieur, m’a permis de gagner en confiance avec la Vie avec un grand « V ».

La jeune fille qui sortait de la secte à 19 ans en disant « il n’y aura plus jamais Dieu dans ma vie », a fait un bout de route. Certes, je peux encore dire aujourd’hui il n’y aura plus jamais dans ma vie un Dieu qui la limite, un Dieu punitif, un Dieu d’interdit.

Mais est-ce vraiment Dieu celui que les hommes en ont fait ? Je ne crois pas.
Il y a 15 ans une intime conviction m’habitait déjà : si je m’ouvre à ma petite voix intérieure, alors l’impossible devient possible. Et, souvent ce n’est pas le possible que j’attendais qui surgissait, un autre possible arrivait, encore meilleur que ce que j’espérais.

Depuis, nous vivons le partage d’essentiel, soit de façon individuelle, soit par petit groupe : s’asseoir autour d’une table, être sincère, en Vérité avec ce que l’on est, demander de l’aide à plus grand que notre cœur, et depuis le silence intérieur entendre ce qui se dit en nous, ou par l’autre qui fait lui aussi effort de sincérité, de vérité. Nous développons une écoute particulière, de soi-même, des autres, et de l’Autre.


Le partage d’essentiel c’est entendre « cette petite voie intérieure » dont parle Etty, cet Autre  avec un grand « A » : c’est oser demander de l’aide au Ciel, à la Vie, à l’Univers, à l’Ange, au Christ, à l’Esprit Saint, à Bouddha, à Krisna, à Dieu …… Chacun sa nomination, chacun sa divinité d’élection ….chacun son expérience. Des Hommes- Dieu ont vécu un temps sur terre, pour nous montrer une route intérieure. Laissons-nous prendre par la main, pour devenir des Humains avec un grand « H ». Là aussi la pandémie agit : j’ai la certitude que nous avons chacun à découvrir notre propre foi. Ce n’est plus dans les églises, les mosquées, les temples que cela se joue, c’est dans notre cœur, dans notre expérience intérieure, dans notre maison.

Car la foi doit être libre : chacun la sienne. Et, elle est toujours issue de l’expérience intérieure. Sinon, elle est donneuse de leçon, jusqu’à être intolérante et devenir semeuse de folies. Le partage d’essentiel est possible aussi pour ceux qui disent ne pas avoir la foi. En 1990 lorsque je me tourne vers la spiritualité, je suis très prudente : une seule chose m’habite, vivre l’expérience alors et seulement à ce moment-là, je peux y croire.

Les êtres qui m’ont inspirés

Les expériences sur lesquelles j’ai construit le partage d’essentiel :

Les dialogues avec l’Ange : quatre jeunes amis (trois juifs, une catholique non pratiquante) pendant la guerre en Hongrie, cherchent des réponses à leurs questions sincères dans un monde qui ne connaît que la violence des nazis. Ils vivront une expérience intérieure très forte, dont ils ont pris des notes. Cette expérience est retransmise dans le livre « Dialogues avec l’Ange »

Etty Hillesum : dans la même période, Etty qui est juive, vivra une expérience intérieure du même ordre. Elle était juive et elle sera un rayon de lumière dans le camp d’Auschwitz.

Quelques uns de ses mots pour résumer son expérience intérieur : « C’est ainsi que vivent les hommes. Ils se servent de l’autre pour se persuader d’une chose à laquelle au fond de leur cœur ils ne croient pas. On cherche dans l’autre un instrument pour couvrir le son de sa voix intérieure. Si chacun de nous écoutait seulement un peu plus sa voix intérieure, s’il essayait d’en faire retentir une, alors il y aurait beaucoup moins de chaos dans le monde. »

Le Christ, l’Esprit Saint : Vidéo du Père Boulad « Ce confinement nous invite à un voyage intérieur »

Témoignage Gérard

Je suis en Roumanie avec deux autres bénévoles, pour la distribution de matériel à des populations en très grande précarité, et en particulier aux enfants d’une école.

Depuis déjà quelques années dans Réflexe Partage, je m’entraine à la pratique du partage d’essentiel chaque fois que je me trouve sans aucune solution pour aider les autres.

La distribution d’un conteneur a toujours été un moment très particulier car en règle générale, les choses ne se passent jamais comme nous les avons prévu.
Cette année là nous venons d’apprendre au dernier moment, par le couple qui nous héberge, que la distribution ne pourra pas être organisée le lendemain par les enseignants à l’école.

Nous allons devoir nous mêmes déballer et distribuer le contenu de plusieurs centaines de cartons à une centaine d’enfants dont nous ne connaissons pas les besoins individuels.

Tout cela est à réaliser en quelques heures dans un nouvel endroit à trouver !

Nous voici tous les trois complètement abasourdis et surtout très en colère.

Nous allons nous asseoir à la terrasse d’un café juste à côté de l’église en cours de rénovation où sont entreposés les cartons.

Nous exprimons chacun nos peurs, nos colères et nous essayons de trouver ensemble une solution. En ce qui me concerne, je me rends compte combien je me sens complètement impuissant.

Après avoir partagé en toute sincérité et transparence ce que nous ressentons s’ensuit un instant de silence durant lequel je sens monter en moi une tranquillité tant tout devient alors si évident.

Je perçois toutes les difficultés de ce prêtre, sa propre impuissance, toute sa gêne aussi à lui et à sa femme professeur dans cette école.

Puis apparaît clairement la solution pour le lendemain :

  • faire la distribution dans la cour de l’église derrière les palissades,
  • demander à certains jeunes d’un squatt de venir nous aider moyennant une rémunération.

Puis de manière plus large, vient ensuite une solution à tout ce que nous venons de rencontrer dans la semaine en Roumanie : le décalage entre l’opulence de consumérisme que nous leur apportons et l’extrême pauvreté d’une grande partie de la population qui n’aura jamais les moyens d’y accéder.

Pendant des années, les pays occidentaux ont créé des comptoirs dans des pays colonisés pour leur prendre une grande partie de leurs biens.

Peut-être qu’aujourd’hui il est de temps de leur rendre en retour en créant des Comptoirs de la Solidarité où nous viendrons leur apporter tout ce que nous avons en trop et en bon état chez nous et qui peut encore leur servir.

Une nouvelle économie basée sur le Partage est à mettre en place de ceux qui possèdent trop vers ceux qui n’ont pas assez pour vivre décemment.

D’autres expériences

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